Intermédiaire entre le propriétaire forestier et l'aval de la filière-bois, le technicien forestier exerçant à titre indépendant est un acteur de la vie économique locale, connu de ses voisins, de ses clients, des professionnels du bois, mais il reste à découvrir.
La profession de technicien forestier est bien connue du grand public. C’est le personnage qui parcourt les bois pour marquer les coupes, guider les travaux forestiers, organiser la mise en place de la gestion forestière, réceptionner les bois etc. Il bénéficie d'une image positive dans l'esprit des Français. C'est en partie le garant de la bonne gestion du patrimoine forestier qu'il a en charge.
Historiquement, c'était un agent des «Eaux-et-Forêts» ou un employé de grand domaine. Puis la forêt privée s'étant organisée, c'est devenu aussi un employé de coopérative ou de groupement de gestion. De la responsabilité d'un domaine géographiquement limité, il est passé au service des adhérents d'un organisme.
Voilà maintenant une nouvelle catégorie de techniciens forestiers qui apparaît sur le marché : le technicien forestier indépendant (T.F.I.). Ce qui le différencie des catégories précédentes, c'est qu'il n'est pas salarié mais travailleur indépendant. Répondant à une passion, celle de la gestion forestière, à une demande, celle de propriétaires, de professionnels ou d'experts, il pratique le métier à son compte. Il a des clients, des risques, une organisation de travail personnelle.
Ses tâches sont celles de la plupart des techniciens forestiers: mise en place d'un programme de gestion forestière allant de la constitution d'un peuplement à la vente de bois en passant par toutes les étapes de la vie de l'arbre et en prenant en compte l'amélioration ou l'entretien de l'infrastructure.
Certains T.F.I. situés en zone urbaine sont appelés à sortir de la forêt pour s'intéresser à l'arbre en ville. D'autres s'impliquent dans la formation du public à la vie de la forêt. Beaucoup travaillent en collaboration avec des experts forestiers ou des sociétés de gestion, notamment pour les gros chantiers, d'autres sont farouchement indépendants.
En plus de l'arbre, de la forêt, il doit aussi gérer la rentabilité de son métier. Il est bien placé pour analyser les coûts et chercher la rentabilité du travail. C'est pour cela qu'il essaye de limiter géographiquement son action, sachant que la distance renchérit le coût de la gestion et ne permet pas un suivi aussi rigoureux. Le statut d’indépendant permet aussi de mettre en place une action de vulgarisation ou de réorganisation foncière sans avoir à créer un poste de technicien salarié limité dans le temps.
C'est suite au développement des écoles forestières que des techniciens forestiers se sont installés à leur compte. Ils étaient formés, ils ont rencontré une demande.
Certains propriétaires préfèrent traiter avec un individu plutôt qu’avec un organisme. C’est dans l’esprit rural de préférer les contacts entre individus. Mais il n'existe pas de statut pour cette profession indépendante qui n'a jamais existé sous cette forme. On observe l'installation de T.F.I. dans presque toutes les régions de France à partir de 1980. Cela répondait sans doute à la demande croissante des propriétaires forestiers en matière de gestion.
A l'heure actuelle une cinquantaine de professionnels pouvant être qualifiés de T.F.I. exercent à travers la France mais ne se connaissent souvent pas. Ils exercent soit à titre individuel, soit en société, sont inscrits, selon les départements, soit à la M.S.A., soit à la sécurité sociale, à la chambre de commerce ou à la chambre des métiers.
C'est pour essayer de rompre leur isolement et d'harmoniser leur statut qu'une vingtaine de T.F.I. se sont réunis en 1993 pour fonder une association professionnelle: l' A.Na.Te.F. (Association NAtionale des TEchniciens Forestiers indépendants et assimilés). Un code déontologique a été mis sur pied pour bien définir la profession. En effet, il existe en forêt de nombreux conseillers qui n'entendent pas se soumettre à des critères professionnels, voire qui exercent illégalement. Or la gestion forestière est une activité qui s'exerce sur le long terme et ne peut donc échapper au respect de règles. Parmi celles-ci le non-cumul de l'exploitation forestière et du conseil de gestion : on ne peut être juge et partie, marquer les coupes de bois et les acheter. De même le non-cumul avec la profession d'agent immobilier pour rester neutre lors des ventes de propriétés boisées.
Un des objectifs de l'association est de créer des liens avec les écoles forestières pour pouvoir conseiller les jeunes qui cherchent leur voie parmi les professions forestières.
Maillon de la filière-bois, le technicien forestier indépendant doit chercher à assurer la pérennité de la forêt en acceptant de travailler avec les autres professionnels tout en restant maître de son activité sur un terroir qu'il connaît bien. Un équilibre qu'il n'est pas toujours facile de maintenir.